le dressage du buffle de maître Kakuan

Au XIIe siècle, le maître chan (jap. zen) Kakuan proposa une nouvelle version de l’histoire taoïste du dressage du taureau (plus souvent appelé le dressage du buffle), en 10 tableaux commentés.

La version taoïste de cette recherche spirituelle se terminait, au dixième tableau, par le cercle vide représentant la vacuité.


Or, Kakuan place ce cercle de la vacuité en 8e position de la série, exprimant ainsi l’un des fondements du bouddhisme.

On peut voir dans cette réalisation de la vacuité, la disparition à la fois du moi ordinaire et de la recherche du moi originel universel.

« Le bœuf et le moi sont tous deux transcendés »: le bœuf et le moi sont tous deux oubliés, l’enfant et le bœuf ont disparu. L’enfant n’est pas seulement à la recherche du bœuf, ce bœuf est le Soi qui se cherche.
D’après une enseignement de Ryōtan Tokuda Roshi

La série d’images se termine par celle représentant un vieux sage portant un baluchon, pauvrement vêtu, face à un enfant en chemin.


La sagesse du vieil homme est cachée dans son apparence de mendiant, marchant dans le monde, répandant sa sagesse autour de lui dans la plus grande discrétion, sans briller d’aucune manière. Toutes les traces de son cheminement vers l’éveil sont en quelque sorte effacées.

Il est sur la « Voie de l’oiseau ». Pas de trace, pas d’ego.

Et, d’après Catherine Despeux, ce qu’il y a d’intéressant dans ce dernier tableau, c’est de voir ces deux personnages en même temps: la personne éveillée et la personne non éveillée ensemble. Cela montre, dans cette vision bouddhique, que la nature de l’Éveil est présente partout dès le départ. Au fond il n’y a rien à chercher. La nature de l’Éveil, l’esprit d’Éveil, est déjà là en chacune et chacun de nous.

Il s’agit non de rechercher, mais d’actualiser cette réalité, par la pratique de zazen et par l’étude, des textes et de sa propre perception du quotidien.