ainsité – réalité

shinnyo 真如 ou 眞如 – la réalité telle quelle (sanskrit, tathatâ)

nyoze 如是 – littéralement: comme est, tel quel

inmo 恁麼 – le tel quel

Ces mots évoquent tous la réalité profonde telle qu’elle est,
au fond indescriptible,
les mots ne pouvant l’exprimer toute.

Mais bien sûr les mots sont nécessaires pour l’approcher et partager l’expérience.

Cultiver un esprit d’Éveil, c’est cultiver la vision de la réalité telle quelle est, à la fois:
phénoménale
faite de phénomènes qui ne cessent de se transformer, et
ultime
tous ces phénomènes, choses et êtres, sont vides de substance fixe.

Rester en contact vivant, d’instant en instant, avec ces deux faces de la réalité, est le fondement de la pratique-vision bouddhique.

impermanence

L’impermanence est un terme bouddhique désignant l’un des principes fondamentaux observé par le Bouddha Shakyamuni:

Toute change.
Tout apparaît, évolue et se transforme.

Le monde,
A quoi le comparer?
Au reflet de la lune
sur une goutte de rosée
suspendue au bec d’une grue
Dōgen Zenji

Gasshō 合掌

ga 合 joindre
shō 掌 paume

Joindre deux en un

Les herbes restent invisibles
dans le champ enneigé
le héron blanc se cache
dans sa propre apparence
Dōgen

…comme le bouddha caché dans notre corps, dit Shōhaku Okumura Roshi.

La pratique de la prosternation est semblable. En offrant des prosternations, nous sommes cachés dans le monde de la coproduction conditionnée. Nous disparaissons dans ce monde et devenons un avec tous les êtres.
Okumura Roshi

 

Dharma

« Comprendre le mot dhamma (dharma en sanskrit) serait tout comprendre du bouddhisme car il en est le mot clef. »
D’après Lilian Silburn, Aux sources du bouddhisme

Le Dharma désigne essentiellement deux aspects de la réalité,
la réalité ultime
– La compréhension qu’a eue le Bouddha Shakyamuni de la réalité ultime, des choses « telle quelles sont » (avant d’être altérées par les interprétations humaines) –et par extension, l’enseignement du Bouddha.
la réalité relative
– Les phénomènes, tels que nous les percevons et vivons à travers nos relations avec les êtres et les choses – la réalité relative.

Nous sommes partie de l’univers.
Tout est source d’enseignement de la réalité ultime.
Tant la vision sage du monde,
que la réalité illusoire –pour autant qu’on la perçoive comme telle.

Illusion et éveil,
les deux faces d’une pièce
Universel et singulier,
les parties d’un tout
Ryōkan

hishiryō 非思量

Un jour,  alors que maître Yakusan était en zazen, un moine lui demanda:
« Que pensez-vous en restant immobile, assis sur le sol ? »
Yakusan dit « Je pense (shiryō) la non-pensée (fushiryō) ».
Le moine demanda « Comment peut-on penser la non-pensée ? »
Yakusan dit « Par ce qui n’est pas de l’ordre de la pensée (hishiryō). »

Dōgen – Zazenshin, citation tirée du Recueil de la transmission de la Lampe de l’ère Keitoku (Keitoku Dentoroku)

Shiryō – la pensée
Fushiryō – la non-pensée
Hishiryō – au-delà de la pensée. Il n’y a plus de pensée ni de non-pensée : funi, non-deux.

Subtile différence sémantique entre ces deux préfixes privatifs: fu et hi.
Fu indique l’absence de la chose niée: fushiryō, la non-pensée, il n’y a pas de pensée.
Hi indique la différence de niveau, d’ordre: hishiryō, qui n’est pas de l’ordre de la pensée.

vacuité

La vacuité n’est ni le néant, ni un espace vide distinct des phénomènes. C’est la nature même des phénomènes.

Les phénomènes surgissent d’un processus d’interdépendance de causes et de conditions, mais rien n’existe en soi ni par soi. D’un point de vue absolu, le monde n’a pas d’existence réelle ou concrète. L’aspect relatif, c’est le monde phénoménal, et l’aspect absolu, c’est la vacuité.

La contemplation directe de la vérité absolue transcende tout concept intellectuel, toute dualité entre sujet et objet.

D’après Matthieu Ricard – Le Moine et le Philosophe, 1997

Cette « contemplation directe »
au-delà de toute dualité,
au-delà de la pensée,
est zazen

vide 空


L’une des observations fondamentales du Bouddha Shakyamuni est le fait que rien, aucun phénomène, n’existe en soi: toute apparition d’un phénomène est le produit d’autres phénomènes.

Ce fait est appelé pratītya samutpada en sanskrit, la coproduction conditionnée: tout être, tout phénomène, est produit par une conjonction de conditions.

Un exemple souvent utilisé dans les sūtras bouddhiques pour comprendre ce fait, est celui de la bulle d’air.

Une bulle est de l’air pris dans de l’eau. Dans la mer, par exemple, elle apparaît au fond de l’eau, monte peu à peu à la surface et disparaît. Y a-t-il une substance bulle, ou non ?

Nous disons non, car une bulle est de l’air pris dans de l’eau. Il y a deux choses, de l’air et de l’eau. Où est la bulle ? Il n’y a rien qui soit une bulle, en tant que chose indépendante.

Une bulle est la désignation d’un phénomène, le nom d’une condition : le moment où de l’air est pris dans de l’eau.

Ainsi, nous ne pouvons pas dire que les bulles sont quelque chose. Mais nous ne pouvons pas dire non plus qu’il n’y a pas de bulles. Cela existe en tant que phénomène, mais pas en tant qu’entité fixe.

Cette observation conduit à la constatation que tout est vide d’existence propre, tout est vacuité (sanskrit, sūnyatā).

D’après un enseignement d’Okumura Roshi

zazen 坐禅

za 座 assise
zen禅 (chinois, chān, sanskrit, dhyāna) recueillement profond

Dans le kanji za 座 on distingue l’idéogramme humain deux fois:  人人
Une répétition évoquant la pluralité, la multitude.
A la fois un et multiple.
Zazen seul·e et avec tous les êtres.
Cela rappelle la déclaration du Bouddha Shākyamuni au moment de son Éveil: « moi et tous les êtres vivants avons réalisé l’Éveil suprême ».

Dans ce même kanji, 土 représente la terre, le sol dans lequel s’enracine le zazen. L’étymologie de 土 est la balance. Le centre de gravité se trouve à la croisée de cette croix, dans le hara, le ventre. (D’après un enseignement de Jokei Sensei)

Zazen, socle de la vie

zen

zen (zen-na) désigne la pratique japonaise du bouddhisme chinois chan (tchan-na) dont l’origine remonte au mot sanskrit dhyāna (recueillement, contemplation).

Le cœur du zen est zazen, simplement s’asseoir, shikantaza.