4 vœux – un grand vœu

Les êtres sont innombrables, je fais vœu de les libérer
Les illusions sont intarissables, je fais vœu d’y mettre fin
Les portes du dharmas sont illimités, je fais vœu de les pénétrer
La Voie du Bouddha est insurpassable, je fais vœu de la réaliser

shujō muhen sei gan do 衆生無邊誓願度
bon-no mujin sei gan dan 煩惱無盡誓願斷
ho mon muryō sei gan gaku 法門無量誓願學
butsu do mujō sei gan jo 佛道無上誓願成

D’après la Sōtōshu Shūmuchō, l’institution japonaise de l’école sōtō

Ce n’est que lorsque vous vivez par ce vœu que tout ce que vous rencontrez renforcera votre vie en tant que bouddhadharma.
Tant que vous basez votre vie sur ce vœu, où que vous soyez, tôt ou tard le printemps viendra.
Il suffit de maintenir ces quatre vœux, ils sont essentiels.
D’après Uchiyama Roshi

ainsité – réalité

shinnyo 真如 ou 眞如 – la réalité telle quelle (sanskrit, tathatâ)

nyoze 如是 – littéralement: comme est, tel quel

inmo 恁麼 – le tel quel

Ces mots évoquent tous la réalité profonde telle qu’elle est,
au fond indescriptible,
les mots ne pouvant l’exprimer toute.

Mais bien sûr les mots sont nécessaires pour l’approcher et partager l’expérience.

Cultiver un esprit d’Éveil, c’est cultiver la vision de la réalité telle quelle est, à la fois:
phénoménale
faite de phénomènes qui ne cessent de se transformer, et
ultime
tous ces phénomènes, choses et êtres, sont vides de substance fixe.

Rester en contact vivant, d’instant en instant, avec ces deux faces de la réalité, est le fondement de la pratique-vision bouddhique.

le filet d’Indra

Dans le Sūtra de la guirlande de fleurs
(Avatamsaka Sūtra, jap. Kegonkei 華厳経)
la réalité de l’univers
est comparée à un filet infini,
dont les intersections sont faites de joyaux transparents,
eux aussi infinis,
le filet d’Indra.

A chaque nœud de ce réseau se trouve un cristal,
relié à toutes les autres cristaux.
Transparent,
chaque joyau se reflète dans chaque joyau.

Ces joyaux sont les phénomènes,
choses et êtres humains,
qui apparaissent, et en se transformant, disparaissent
au fil des circonstances sans cesse changeantes.

Qu’est-ce que cela nous dit? Continuer la lecture de « le filet d’Indra »

le cerf frappé

Un maître bouddhiste voyant un cerf en train de paître devant le jardin potager du temple, le frappa.

Un disciple voit la scène et dit à son maître:
« Maître, vous semblez n’avoir aucune compassion. Vous tourmentez cet animal en lui refusant l’herbe et le frappant. »

Le maître répondit:
« Si je n’avais pas frappé ce cerf, il se serait familiarisé avec les êtres humains, et il aurait sûrement fini par être tué par quelqu’un. »

Frapper, dans cette circonstance, est un acte de compassion.

Tout acte est affaire d’intention.

une feuille de papier

Si vous êtes poète, vous verrez clairement un nuage flotter dans une feuille de papier. Sans nuage, il n’y aurait pas de pluie; sans pluie, les arbres ne pousseraient pas; et sans arbre, nous ne pourrions pas faire de papier.

En regardant encore plus en profondeur dans cette feuille de papier, nous y voyons aussi le soleil. Sans soleil, la forêt ne pourrait pousser. Et nous voyons aussi le bûcheron qui a coupé le bois, et ses parents qui lui ont donné naissance, etc.

Et en examinant encore plus profondément, Continuer la lecture de « une feuille de papier »

la force de l’esprit

Dans le Dhammapada, un recueil de stances du canon pali, il est dit:

Nous sommes ce que nous pensons.
Tout ce que nous sommes résulte de nos pensées.
Avec nos pensées, nous créons le monde.
Parlons ou agissons avec un esprit impur,
et la souffrance nous suit comme la roue suit le bœuf tirant le char.

Nous sommes ce que nous pensons.
Tout ce que nous sommes résulte de nos pensées.
Avec les pensées nous créons le monde.
Parlons ou agissons avec un esprit pur,
et le bonheur nous accompagne telle notre ombre inséparable.

« impur » et « pur » dans le sens de voir les choses du point de vue de la sagesse: sans ajouter de jugement, voir le monde avec les yeux de la joie profonde de la compréhension profonde (prajna).

1000 maîtres – 1 maître

Toutes et tous
les maîtres,
ici, maintenant
enseignent la Voie
mille voix – une résonance
au-delà du temps et de l’espace
multiple, sans fin


Quelques points du fil de la transmission:
Inde Shākyamuni (-Ve) – Nāgārjuna (200 EC) – Prajnātara (Ve)
Chine Bodhidharma (470-532) – Eno (638-713) –  Sekito Kisen (700-790) – Tōzan Ryokai (807-869) – Wanshi Shōgaku (1091-1157) – Tendō Nyōjo (1163-1228) –
Japon Dōgen Zenji (1200-1253) – Kōdō Sawaki (1880-1965) –  Kōshō Uchiyama (1912-1998) – Shundō Aoyama (1933-) –
USA
Shunryū Suzuki (1904-1971)- Dainin Katagiri (1928-1990) – Shōhaku Okumura (1948) –
Europe: Taisen Deshimaru (1914-1982) – Rei Ryu Coupey (1937-) – Ryōtan Tokuda (1938-) – Joshin Bachoux (1950-) –

Quand vous rencontrez un.e Maître qui enseigne la pratique de l’Éveil parfait et universel, ne soyez pas exagérément préoccupé par son statut social, sa nationalité, son apparence, ses erreurs ou son comportement.
Dōgen – Raihai Tokuzui (1240)

…prendre le meilleur, et accepter le reste!

Gasshō 合掌

ga 合 joindre
shō 掌 paume

Joindre deux en un

Les herbes restent invisibles
dans le champ enneigé
le héron blanc se cache
dans sa propre apparence
Dōgen

…comme le bouddha caché dans notre corps, dit Shōhaku Okumura Roshi.

La pratique de la prosternation est semblable. En offrant des prosternations, nous sommes cachés dans le monde de la coproduction conditionnée. Nous disparaissons dans ce monde et devenons un avec tous les êtres.
Okumura Roshi

 

Dharma

« Comprendre le mot dhamma (dharma en sanskrit) serait tout comprendre du bouddhisme car il en est le mot clef. »
D’après Lilian Silburn, Aux sources du bouddhisme

Le Dharma désigne essentiellement deux aspects de la réalité,
la réalité ultime
– La compréhension qu’a eue le Bouddha Shakyamuni de la réalité ultime, des choses « telle quelles sont » (avant d’être altérées par les interprétations humaines) –et par extension, l’enseignement du Bouddha.
la réalité relative
– Les phénomènes, tels que nous les percevons et vivons à travers nos relations avec les êtres et les choses – la réalité relative.

Nous sommes partie de l’univers.
Tout est source d’enseignement de la réalité ultime.
Tant la vision sage du monde,
que la réalité illusoire –pour autant qu’on la perçoive comme telle.

Illusion et éveil,
les deux faces d’une pièce
Universel et singulier,
les parties d’un tout
Ryōkan

maître ?

Il y a bien longtemps, sous la dynastie Tang, vivait le grand maître Joshu Shinsai, successeur de  Nansen Fugan. On dit qu’il commença à pratiquer à l’âge de 60 ans de tout son cœur et son corps.

Il voyageait de temple en temple, disant que la Voie est enseignée partout:
« Même à une petite fille de 7 ans, si elle en sait plus que moi, je lui demande de m’enseigner.
Même si c’est un vieillard de 100 ans, s’il en sait moins que moi, je dois lui donner l’enseignement. »

Un maître peut se présenter sous toute forme, indépendamment du sexe, de l’âge, ou « de sa nationalité ou de son rang social ».

Dōgen en parle dans le texte Raihai Tokuzui (1240) du Shōbōgenzō.
Raihai
, se prosterner.
Toku, atteindre.
Zi, la moelle.
Se prosterner pour atteindre la moelle [de l’Éveil]

Se prosterner, sincèrement, intérieurement, cela signifie reconnaître le maître, le bouddha, et lui faire totalement confiance.

Dōgen dit dans le Raihai Tokuzui:
« même les arbres et les pierres nous prêchent le Dharma, et nous devrions demander même aux champs et aux villages qu’ils nous prêchent le Dharma. Nous devrions interroger les piliers extérieurs, et nous devrions questionner même les clôtures et les murs. »

L’enseignement par les arbres et les rochers renvoie à une histoire (bientôt publiée ici…) relatée dans les Jātakas, les récits des vies antérieures du Bouddha Shakyamuni.